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CUBA LIBRE POUR LES EUROPEENS, MYTHE OU REALITE ?

June 6, 2016

 CUBA LIBRE POUR LES EUROPEENS, MYTHE OU REALITE ?

 

1/ Les entreprises françaises et l’embargo

 

Il y a environ deux ans la presse nationale et internationale se faisait écho de l’amende de 10 milliards que BNP Paribas devait payer aux EEUU, du fait de maintenir des relations économiques avec Cuba en flagrant délit de rupture de l’embargo imposé par les Etats Unis.

 

Pour les européens, et surtout pour les français, Il est nécessaire de se rendre compte que cette affaire arriva pendant que les USA négociaient secrètement avec le pouvoir cubain la levée de l’embargo, dont tout le monde se félicite aujourd’hui, mais qui met en doute la légitimité de l’amende souffert par BNP Paribas, d’autant plus que l’ile est visitée chaque année par un nombre important de nord-américains, voyageant dans des avions canadiens et avec l’acquiescence des autorités nord-américaines.

 

Par ailleurs, il faut pas oublier que la France a un accord signé avec les autorités politiques de Cuba, daté du 25 avril 1997, pour encourager et pour protéger les investissements, les transferts de technologies et les transferts monétaires, mais aussi pour garantir la libre exploitation des concessions de prospection, d’extraction et d’exploitation et transformation des matières premières.

 

Compte tenu de cet ensemble de circonstances, pour la France, en tant qu’Etat souverain et allié des EEUU, l’amende infligée à BNP Paribas est non seulement démesurée, elle est aussi inacceptable.

 

Une autre société française, Pernod Ricard, qui est un exemple d’implantation réussie avec sa marque Havana-Club développée avec la Corporation Cuba Ron, a aussi souffert les conséquences de l’embargo car sa marque ne pouvait pas s’exporter vers les Etats Unis, ce qui l’a obligé à créer une nouvelle marque sur le territoire des EEUU « Havanista », laquelle pourra, enfin, se développer sur le territoire nord-américain.

2/ La situation actuelle

 

Depuis quelques mois, tout cela semble appartenir au passé, quoi que le passé ne fût peut-être pas ce que nous imaginions, car pendant les différentes périodes de l’embargo, les relations commerciales entre Cuba et les EEUU se sont maintenus et même développées de manière assez fluide.

 

Par exemple, en mai 2007, le volume total du commerce américano-cubain atteignait 2,4 milliards de dollars et l’importation de produits agricoles 7,8 millions de Tm, incluant le riz, les haricots, le maïs, les céréales, les œufs et le poulet. En fait, les EEUU sont le troisième fournisseur de Cuba avec 11 % des importations selon les périodes. La plupart des importations agroalimentaires à Cuba viennent des États-Unis et le gouvernement américain a autorisé la mise en vente aux États-Unis de deux vaccins élaborés à Cuba, devenu un grand exportateur de médicaments génériques. Ce qui explique que Washington possède une Section d’intérêts des États-Unis à La Havane, et il nous semble souhaitable, puisque l’Embargo commence à se lever, que la France et l’U.E. fassent de même, pour éviter une affaire comme celui de BNP Paribas.

 

A ce sujet, Je m’en souviens qu’en 1998/99, un après la signature du Traité franco-cubain, j’avais participé comme professeur à l’Université de la Havane pour rendre le Droit Communautaire accessible auprès des cadres des sociétés publiques cubaines, ce qui voulait dire que les élites cubaines se préparaient à l’époque pour une ouverture que, malheureusement, a mis très long temps à devenir une réalité car, nous croyions que la levée de l’embargo, compte tenu des relations commerciales, devrait pouvoir se produire bien avant 2010. Or, en octobre 2013, quand à l’Assemblée Générale de l’ONU, 188 pays votaient pour la levée de l’Embargo de Cuba, contrairement aux attentes, les EEUU et Israël votaient contre. Pour quelles raisons donc, deux ans après, les USA déclarent au monde qu’ils étaient prêts pour la levée de l’embargo ?

 

3/ Les enjeux

 

Il est évident, au regard de ce qui vient d’être dit, que pendant la période obscure des relations diplomatiques et commerciales cubaines, les EEUU ont pris – de manière un peu irrégulière, au regard du droit de la concurrence, tel qu’on le conçoit à l’U.E. - des positions de privilège sur l’Ile.

 

Il ne s’agit donc pas d’un nouveau marché qui s’ouvre aux investisseurs européens, ruses ou chinois, même les indiens y sont déjà, il s’agit d’une lutte acharnée pour prendre des places de choix dans la géopolitique des Caraïbes (Projet Grande Caraïbe –Alliance du Pacifique et ouverture d’une nouvelle voie au Canal de Panama, ainsi que le projet de Canal de Nicaragua) où le Pacifique est plus proche de l’Atlantique, et donc de l’Europe, que jamais. Sans oublier les grands projets de l’Amérique du Sud (Couloir Bi-Océanique) où UNASUR se révèle comme l’interlocuteur obligatoire des prochaines années pour les affaires latino-américains.

 

4/ Les besoins de Cuba et ses projections sur l’avenir

 

Si l’on croit les déclarations récentes faites à l’AFP par le vice-président cubain Marino MURILLO, Cuba a besoin de 2000 à 2500 millions de dollars annuels d’investissements étrangers directs, dont la France et ses partenaires européens pourraient y pourvoir. Par ailleurs, le gouvernement cubain, soucieux de devenir le centre logistique de la Caraïbe, a entrepris la création de la Zone Spéciale de Développement du Mariel comme première mesure de libéralisation afin d’attirer des investissements étrangers. Cette mesure a été suivie par la nouvelle loi sur l’investissement étranger, entrée en vigueur le 28 juin 2015 et dont les objectifs étaient :

• réguler et favoriser la diversification et l’élargissement des marchés d’exportation, 
• accéder aux technologies de pointe et enfin, 
• permettre de remplacer une partie des importations.

 

Cette loi tient compte du besoin d’obtention de financements extérieurs et de la nécessité de créer des nouvelles sources d’emplois. Le tout accompagné de l’acquisition et de l’actualisation des méthodes de gestion qui permettront le développement de la production.

 

Il y a là, une claire orientation vers l’internationalisation de l’économie cubaine et non seulement comme spécialiste des services touristiques, mais plutôt comme exportatrice de biens et services transformés.

 

5/ Les atouts de Cuba

 

Il faut pas oublier qu’un des attraits majeurs de Cuba est son emplacement face à un marché potentiel énorme, à savoir les États-Unis mais, comme nous l’avions déjà dit, nous ne pouvons pas négliger l’association de l’impact de l’Alliance du Pacifique avec celui de la Grande Caraïbe, dans un cadre de commerce Nord, Centre et Sud-Américain, ce qui fera de Cuba le centre de la zone la plus riche du monde, en très peu d’années.

 

Pour appuyer cette démarche, Cuba met à disposition des investisseurs le soutien de centres de recherches scientifiques et techniques, ainsi qu’un capital humain fortement éduqué, et donc capable d’assimiler avec rapidité les nouvelles technologies, il est donc important que les pays européens, dont la France, se positionnent dans la zone, apportant des capitaux et du savoir-faire, mais pour cela il est nécessaire qu’ils puissent franchir les barrières interculturelles avec la bonne méthode.

 

En termes d’approche interculturelle des affaires, nous signalons que les dix derniers mois, les pays qui ont entamé une lutte de présence sur l’Ile la plus efficace sont l’Espagne, l’Italie, la Chine, le Panama, le Brésil, le Mexique, le Canada, la Russie, la France et le Portugal (5 pais de langues ibériques ont bien pris des positions face à des monstres comme la Chine ou la Russie, sur des projets qui touchent des secteurs comme l’industrie, la logistique et les énergies renouvelables).

 

En outre, la Zone Spéciale de Développement de Mariel, située à environ 45 kilomètres à l’ouest de la capitale cubaine, est réalisée par Odebrecht, une entreprise du BTP brésilienne qui a construit la terminale de conteneurs du Port du Mariel avec un investissement d’un milliards de dollars. Par ailleurs, Odebrecht est chargée de la modernisation et de l’ampliation du terminal n° 3 de l’Aéroport International José Martí, à la Havane. Selon ses dirigeants, le groupe prévoit que les nouvelles installations soient opérationnelles dans un délai de deux ans et qu’elles multiplient par deux la capacité d’accueil de l’Aéroport afin d’accueillir les nombreux touristes venus de partout et attirés par le potentiel de croissance de la région.

 

Une fois terminée, cette zone comprendra six terminaux portuaires, une infrastructure logistique pour le pétrole, un chantier naval, un club nautique et plusieurs postes d’amarrages au service de la flotte auxiliaire. Il faut savoir qu’il s’agit également d’une zone franche bénéficiant de régimes fiscaux, douaniers, monétaires et bancaires spécifiques, avec des garanties pour les investissements. Dans le méga-port, pourront accoster les grands navires capables de transporter plus de 12 mille containers et dont une bonne partie seront reconduits par la 3ème voie du Canal de Panama vers le Pacifique.

 

Dans les circonstances décrites, l’un des éléments déterminants d’une croissance équilibrée et hors des conflits, sera l’adéquate formation du capital humain dans un sens professionnel et psychosocial, car tant d’investissements et des populations diverses vont provoquer un choc économico-social et culturel ainsi qu’une multiplication des réseaux. Il sera impératif que les nouveaux arrivants puissent s’adapter à cet environnement changeant évitant les quid-pro-quo culturels.

 

6/ ALPHA

 

La Chambre de Commerce Latino-Américaine de France a longuement travaillé sur le sujet de l’adaptation et la transmission interculturelle car, pour elle, la mobilité professionnelle des populations demande l’acquisition de compétences spécifiques pour permettre l’adaptation, au système organisationnel récepteur, de personnes aux origines diverses avec des cultures différentes. Ces compétences permettront aussi l’éclosion de langages explicites et formels permettant la transmission de valeurs et de savoirs souvent implicites et/ou informelles, créant ainsi les conditions adéquates de communication. Afin d’avoir les clés qui permettraient de concevoir la bonne formation ou préparation pour l’expatriation, nous avons conçu un Test linguistico-culturel et comportemental (ALPHA : Analyse de la Langue Professionnelle Hispano Américaine), présenté à l’UNESCO en février 2015 : http://goo.gl/4CmN3g , dont l’analyse des résultats permet de trouver l’approche nécessaire – en termes de formation et de comportement - pour réussir l’implantation en Amérique Latine et les Caraïbes, dont Cuba où, il faut pas se tromper, la langue espagnole deviendra encore plus forte que l’anglais. Nous rappelons que le Bureau des Réglementations Cubain confirme que plusieurs dossiers d’implantation - sur les centaines de projets présentés par des entreprises étrangères depuis novembre 2013- sont déjà approuvés, et que la première entreprise à s’installer au Mariel sera la mexicaine Richmeat. Le traitement groupé des licences, permis et autorisations requises pour pouvoir travailler dans le pays se concentre dans ce Bureau qui est considéré par certains comme « l’espoir de Cuba ». Son développement permettra de contribuer aux substitutions effectives des importations et à une augmentation qualitative des emplois, dans une articulation constante entre le commerce international et l’économie interne. Conscients de son importance, nous conseillons à toutes nos entreprises d’employer notre système d’analyse : ALPHA. www.cclam.org.

 

José Francisco Rodríguez Queiruga
Economiste et Président de la Chambre de Commerce Latino-Américaine
https://fr.linkedin.com/in/francisco-queiruga-517611

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