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Edito : « Les morts vivants de la dette »

L’après-midi du 20 mai, en pleine digestion dominicale, j’ai ouvert – sans conviction – le journal resté sur la table pour accompagner le café. Malgré ce premier effort de lecture, la lourdeur des copieuses sauces du déjeuner, mixée avec un certain dilettantisme, me conduisaient vers un discret dialogue avec Morphée quand, soudaine, un titre en lettres capitales a attiré mon attention : « Les morts vivants de la dette et le méga krach à venir », des économistes Steve KEEN et  Dany LANG.

 

Qu’est-ce que cela voulait dire, « les morts vivants de la dette » ?

 

Selon les auteurs, la dynamique de la dette privée joue un rôle central dans le déclenchement des crises économiques majeures. Pour eux, le crédit agit comme un «générateur de morts vivants de la dette » dans certaines économies, et l’état actuel des indicateurs économiques et financiers laisse sous-entendre que nous devons nous préparer pour faire face à un krach au cours des douze à trente-six mois à venir.

 

Pouvais-je ne pas me réveiller avec ce type de augure ?

 

Selon l’économiste américain Hyman Minsky (1919-1996),  avec la financiarisation de l’économie au cours des trois dernières décennies, les crises violentes d’origine financière se sont multipliées et leur fréquence ne fait que s’accélérer. Par ailleurs, il disait que la prise de risque favorise l’innovation et la croissance, mais que ces dernières contribuent à accroître l’incertitude fondamentale sur tous les projets économiques nouveaux, autrement dit, les entrepreneurs doivent prendre leurs décisions sans pouvoir affecter de probabilités aux événements futurs ce qui les oblige à se suivre les uns aux autres comme des moutons. 

 

Pour lui, durant les périodes de croissance, lorsque le souvenir des récessions passées s’estompe, les capitalistes deviennent trop optimistes et investissent trop, conduisant à une importante accumulation de dettes privées car la partie de l’investissement désiré supérieure à l’épargne privée étant nécessairement financée par l’emprunt bancaire, le crédit contribue ainsi à la création de dette, basée elle-même, dans la création de monnaie, et c’est là que la crise commence à couver.

 

Les morts vivants der la dette

 

Pour l’auteur, une fois qu’une économie atteint un niveau élevé d’endettement privé par rapport au PIB et que ce ratio croît plus vite que le PIB, même une stabilisation de ce ratio peut provoquer une grave récession. Le crédit devient un «zombificateur» en série des économies : il les transforme en morts-vivants de la dette et ces zombies ont trois caractéristiques principales : 

 

a) des niveaux de dette privée avant crise supérieurs à 150 % du PIB ;

b) des niveaux élevés de demande alimentée,  avant la crise, par le crédit ; et 

c) un taux d’endettement encore élevé après la crise, mais une demande fondée sur le crédit faible ou négative.

 

Les économies déjà zombifiées (Japon, Danemark, Irlande, Pays-Bas, Nouvelle-Zélande, Portugal, Espagne, Etats-Unis, Royaume-Uni) ne présentent – selon les auteurs - aucun danger. Ce sont celles sur le point d’être zombifiées que nous devrions craindre le pire, car la croissance y est encore soutenue par le crédit et la dette privée y progresse plus vite que le PIB nominal. Il s’agit de l’Irlande, Hongkong et la Chine, l’Australie, la Belgique, le Canada, la Corée du Sud, la Norvège et la Suède. 

 

Les pays limites, c’est-à-dire ceux présentant l’une des deux caractéristiques, sont les Pays-Bas, la Suisse, la Finlande, la France, la Nouvelle-Zélande, la Malaisie, Singapour et la Thaïlande. 

 

Tous les zombies de la dette en devenir sont confrontés à un atroce dilemme : la seule façon d’éviter une chute de la demande globale et une récession en comptant uniquement sur le secteur privé est de laisser la dette privée continuer de croître plus vite que le PIB. Mais à un moment ou à un autre, le coût total du service de la dette dépassera le revenu disponible pour en assurer le paiement, ce qui entraînera un effondrement majeur.

 

Et l’Amérique Latine ?

 

Et c’est à ce moment précis que je me suis demandé pourquoi un ensemble de pays représentant 10% du PIB mondial, et caractérisés par une majorité d’économies de type capitaliste, n’apparaissait pas sur aucun des critères de classement utilisés par les auteurs. En fait, ils avaient effacé l’Amérique Latine de la géopolitique financière internationale, ainsi que l’Afrique et le Proche Orient, soit par oubli (incroyable), soit parce que leur intégration dans cette démonstration ne permettrait pas d’arriver au résultat escompté. Mais, peu importe le pourquoi, c’est qui est vraiment dangereux c’est que cela puisse passer inaperçu à l’ensemble des experts ou des analystes internationaux à une époque où l’Amérique Latine est présente tous les jours dans la presse audio-visuelle et écrite. Pour rappel des grandes titres : le Venezuela célèbre la réélection de Maduro, où le Brésil vive une crise institutionnelle forte avec la candidature pour les prochaines élections – depuis la prison - de Lula, ou dure campagne présidentielle post-signature de paix en Colombie, campagne pour les élections présidentielles de juillet au Mexique, nouvelle crise financière de l’Argentine, nouvelle présidence au Chili, changement de président récent à Cuba ou conflit en Equateur entre le nouveau président élu et l’ancien président sortant, sans nommer les récents mouvements sociaux au Paraguay et au Pérou, les problèmes de sécurité en Amérique Centrale, le scandale Fonseca en Panama ou les accords commerciaux et douaniers de la République Dominicaine. 

 

Compte tenu de cet inadmissible oubli, les conclusions, quel qu’elles soient, de cette analyse, ne pouvaient pas donner une image complète du panorama financier international. J’ai donc préféré vous conseiller de lire le magnifique article d’Alfredo BENITES sur le Mexique, qui fait partie de notre Newsletter, à continuation de cet éditorial et de ne pas manquer de vous inviter à venir à notre prochaine réunion du 29 mai à 19 h à la Maison du Voyage des Amériques Latines, pour la présentation réalisée par Gabo de l’art graphique traditionnel péruvien, de notre nouveau Logo de la CCLAM et du prochain séminaire concernant la création et la gestion d’entreprise en Amérique Latine, mené par l’entrepreneur chilien M. CONTRERAS, de la présentation du film du réalisateur franco-serbe Pierre NIKOLIC, intitulé « troisième voyage », et de la présentation des crus du Château bordelais de Fonchereau. Nous vous attendrons le 29 mai au 3, rue cassette à 19h.

 

Et n’oubliez pas, vous êtes encore à temps pour devenir membre de la Chambre de Commerce Latino-Américaine : www.cclam.org/adhesion

 

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