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De Montmartre (Paris) à Lunahuana (Pérou)

Le confinement provoqué par le "coronavirus" depuis la mi-mars, commence à taper sur les nerfs d'une grande partie de la population.


Nous avons traversé des différentes étapes, passant par le positivisme des premiers moments et l'envie de se rendre utiles travaillant à distance, à la création de groupes dans les réseaux sociaux où les informations techniques et les blagues circulaient en abondance. Mais, peu à peu la lassitude commença à envahir nos foyers et elle s'est transformée dans une critique impitoyable à nos respectifs gouvernements.


Nous avons perdu la confiance que nous avions déposé dans nos élites et, actuellement, il ne nous reste que nous-mêmes.


Notre univers ne dépendra plus de Netflix, c'est à nous de le construire. Regardez à l'intérieur de vos souvenirs et expériences de vie, et mettez-les noir sur blanc, créer un nouveau univers à partager avec vos amis et vos enfants.


Je vous invite à entrer dans le mien avec l'histoire de David GADETH, allias SPIRIT :

De Montmartre (Paris) à Lunahuana (Pérou)


Un auteur anonyme du XIX siècle qui se faisait appeler SPIRIT par tous les taverniers de la République de Montmartre, où il sévissait, disait sur les «tapas»:


“de la douteuse coutume de cacher le vin est née la merveilleuse habitude de Tapear”.

Et nous souscrivons à cette agréable coutume, bien que cette phrase puisse nous sembler quelque part un peu mystérieuse.

SPIRIT, l’écrivain fantôme et la troupe de la Bonne Franquette

En effet, SPIRIT aimait la tradition du « Tapeo », sans restriction et sans modération, mais il avait aussi un comportement très personnel, pas toujours bien compris et souvent pas aimé du tout par les professionnels de la restauration montmartroise car, tous les matins, il notait la qualité des tavernes qu’il avait visitées la veille, au moyen d’une affiche publique clouée sur le portail du local visité lors d’un diner ou d’une dégustation de tapas variées.

SPIRIT avait une narrative piquante et pas toujours bienveillante avec le chef de cuisine de la taverne, ou avec le service reçu pendant la dégustation. Les villageoises de Montmartre avaient pris l’habitude de se rassembler tous les matins devant les portes des restaurants signalés, altérant ainsi l’ordre public, faisant le bonheur des uns et le malheur des autres.

Bientôt les soupçons concernant l’identité du personnage commencèrent à créer une ambiance raréfiée car parmi toutes les tavernes de Montmartre, une, n’avait pas encore été maltraité par SPIRIT. Elle s’appelait tout simplement «La Taverne», mais tout le monde la nommait « la bonne franquette », puisque tous les habitués des bacchanales nocturnes, avant de descendre par les vignes vers des antres de douteuse réputation de l’époque, comme le Chantre Noir ou le Lapin d’Argile, mangeaient ensemble et de manière assez festive « a la bonne franquette », des mets de « tapas » variées accompagnées sans modération par le pétillant vin blanc de Montmartre dont la terre acide, nourrie aux champignons noirs de seigle sauvage et mélangée à celle du cimetière voisin, donnait, selon les experts, un vin psycho tropique de conséquences encore inconnues pour la santé mentale de ce petit village dont le nom ne présageait rien de bon « Le Mont des Martyres ». Il était donc tout à fait normal que les regards se tournent vers cette troupe de brigands et vers le propriétaire de la taverne.

David GADTH, l’imprimeur

Parmi les habitués de cette troupe infernale, l’imprimeur David GADTH était connu de tous par son caractère ouvertement provocateur et ses relations pas très catholiques avec une fille arrivée quelques mois plutôt au village. Cette fille s’appelait Félicie.

David n’était pas très aimé et aux soupçons d’être l’écrivain caché s’ajoutait le fait de ses obscures origines de juif séfarade. En très peu de temps ce soupçon est devenu pour la population locale une évidence, et un mot commença à courir de taverne en taverne, annonçant que son heure finale était enfin arrivée.

L’arrivée du cousin Enrique

Dans ces circonstances de tension montante, David avait reçu la visite d’un lointain cousin de Rivadavia, dans le nord-ouest de l’Espagne, où une partie de la communauté juive s’était réfugiée lors de l’expulsion décrétée par les Rois Catholiques en 1492.

Son cousin, appelé Enrique, était le double de David. Avec les mêmes vêtements, personne ne pourrait faire la différence entre les deux cousins.

David l’avait fait venir pour essayer de faire une greffe du cépage local de Rivadavia avec les ceps de vigne de Montmartre. Il était venu avec 10 litres d’un rouge particulier dont le raisin s’appelait « oubiña » ou « uviña », celui qu’il devait implanter à Montmartre.

Le dernier dîner

Un vendredi soir il est allé à la taverne avec la troupe, se faisant passer par David, il portait avec lui un sac rempli de la terre de Rivadavia, les ceps de vigne et le matériel nécessaire pour essayer de faire un début de greffe après le dîner. Dîner qui a été bien arrosé de rouge d’uviña et où il raconta aux présents l’histoire de l’origine des tapas espagnoles.

L’histoire des « Tapas »

« Tous les pays ont une image associée à leur histoire, commença à raconter Enrique, même si parfois celle-ci est devenue un mythe dont personne ne se souvient.

L’histoire des « Tapas », qui remonte à l’Espagne du XIIIème siècle, est souvent mêlée aux anecdotes régionales et aux intérêts touristiques des gouvernants locaux. J’ai observé que tous les mois d'octobre, la culture des « Tapas » est célébrée à Paris et dans toutes les capitales européennes, par un bon nombre d'établissements gastronomiques, avec l’objectif d’augmenter les ventes et évoquer l’origine de cette tradition conviviale.


  • Dans quelles circonstances sont nées les Tapas? – demanda le patron de la taverne –

  • Cette expression veut dire en espagnol « couvrir », « cacher » et elle est apparue pendant le royaume d’Alphonse X. Ce roi cultivé, juriste et humaniste, est connu en France comme le Roi qui a permis la période de cohabitation des trois religions monothéistes, il fut le fondateur de l’École de traducteurs de Tolède et il a permis la récupération des textes d’Aristote, perdus pendant l’incendie de la Bibliothèque d’Alexandrie. Son travail a contribué au démarrage en force de la Scolastique et à l’essor des premières universités européennes.

  • Es-tu sûr qu’il était un roi espagnol ? – demanda un des commensaux.

  • Enrique a préféré ne pas répondre à cette question et il a continué son explication :

  • Mais il n’était pas qu’un roi cultivé, Alphonse X, il était aussi très ambitieux. Il aspirait au titre d’Empereur, ce qui exigeait de gros montants d’argent dont il ne disposait pas. À cela s’ajoutait une période trouble de mauvaises récoltes dans la péninsule ibérique, provoquant une très forte croissance des prix des denrées et générant une réduction significative des entrées fiscales dues par les commerçants et les artisans. Ce bon roi a donc commandé une étude aux percepteurs d’impôts, qui ont découvert que la montée des prix, coïncidait avec une augmentation considérable de problèmes sociaux liés à l’alcoolisme. L’affaire était grave et Il fallait trouver rapidement les causes pour y remédier.

  • Nous ne savons pas encore comment a-t-il fait pour créer les « Tapas ». Je crois David que tu as besoin d’un autre bol de vin. – Et il a joint le geste à la parole.

  • Enrique a bu très lentement son bol de vin, pendant qu’il observait l’auditoire, faisant monter la tension. Après quelques secondes, il recommença :

  • Une analyse du comportement des commerçants et des artisans dans les villes leur a permis de comprendre que la plupart des affaires se réalisaient dans les tavernes. Les artisans et les commerçants se retrouvaient souvent autour d’une table avec un plat et une jarre de vin dans des espaces réservés des tavernes où ils faisaient leurs affaires. Or, dans cette période de pénurie provoquée par la montée des prix des récoltes, les commandes se faisaient de plus en plus rares et l’argent de poche était presque inexistant, ne leur permettant pas de suivre le rythme de leurs consommations.

  • Comment faisaient-ils alors ?

  • Les artisans qui avaient besoin de se faire voir, avaient pris l’habitude de commander un bol de vin au comptoir pour ensuite aller saluer les commerçants avec lesquelles ils faisaient affaire dans le réservé des tavernes, et cela plusieurs fois dans la journée, sans pour autant accompagner le bol de vin avec un repas, par manque de liquidité.

  • Chaque journée devenait un calvaire d’ivresse, sans pouvoir partager à la bonne franquette. - apostilla le patron du bar.

  • Le roi a bien compris – continua Enrique - que celle-ci était une des causes clé des problèmes de son royaume, et il a décidé d’en finir :

  • Qu’est-ce qu’il a fait ?

  • Il a donc interdit de servir du vin au comptoir des tavernes si le gérant des locaux ne leur servait pas également à manger. Toute taverne prise dans ce délit serait immédiatement fermée.

  • Ce n’est pas possible – cria le tavernier – c’est toujours nous qui payons ! Mais, et les Tapas ?

  • Aussitôt apparu le décret, toutes les tavernes des villes castillanes concernées, ont commencé à servir avec chaque bol de vin commandé au comptoir un morceau de pain avec de l’huile, du fromage, de la graisse de cochon, du saucisson ou du lardon, apposant le pain sur le bol, qui restait comme ça « COUVERT », c’est-à-dire « TAPADO », les « TAPAS » venaient de naître en Espagne.

  • Bravo Spirit - cria un des commensaux, sans savoir que comme ça, il mettait à découvert la personnalité de David et augmentait le risque d’une agression.

La mort rodait au cimetière

Après le dîner, ils sont tous parti vers le Lapin d’Argile, et dans le chemin, le cousin de David, s’est dévié vers les vignes du cimetière de Montmartre afin de réaliser son expérience de greffe de l’Uviña.


Ce qu’Enrique n’eût pas deviné c’est qu’il avait été suivi. Ses guetteurs l’ont observé travailler pendant une heure et, quand il allait partir, un groupe de personnes l’a entouré de façon menaçante et, sans dire un mot, ils ont commencé à le rouer de coups en silence, avant de lui donner le coup définitif qui lui a cassé le crâne. Après les faits, ils sont partis comme ils étaient venus, en silence.


De l’autre côté du village, David ne pouvait pas dormir et, ne voyant pas arriver son cousin Enrique, il est sorti le chercher au Lapin d’Argile. Quand les membres de la troupe l’ont vu arriver, ils lui ont offert à boire et ils lui ont demandé s’il avait fini son travail auprès des vignes. David a bu son verre et, avec un mauvais présentiment, il est parti en courant vers le terrain où naissaient les vignes de Montmartre.


Quand il l’a vu, par terre, déformé par les coups reçus et son sang mêlé à la terre qu’il avait fait venir de Rivadavia (Galice), il a pris sa pelle et il l’a enterré là-même, sous sa greffe. Ensuite, David a repris mécaniquement le matériel de son cousin et s’achemina chez-lui où, dans un silence mortel et méthodiquement, il prépara un paquet pour Félicie avec une partie de ses objets personnels et de l’argent, accompagné d’une lettre expliquant ce qui était arrivé à Enrique et lui conseillant d’abandonner le village le plus tôt possible. A la sortie du jour, il prépara une nouvelle note pour la taverne où il disait


« Ce soir, Spirit a fait son dernier dîner d’amis, pris un dernier verre au Lapin d’Argile et planté un nouveau pied de vigne à Montmartre qui, un jour lointain, permettra de faire un marc de qualité. Le gens de bonne volonté et mes amis, auront un bon souvenir de moi, mais ceux qui ont essayé de me tuer ce soir, me verront apparaître un jour ou une nuit chez eux, quand ils ne se l’attendent pas. Ce sera leur dernier jour sur cette terre » Signé SPIRIT.

Il cloua un exemplaire sur toutes les tavernes de Montmartre.

Pisco Tierra Nueva

Quand le soleil était déjà visible à l’horizon, David a pris la route de la Normandie, là, à Dieppe, il a négocié une place dans un bateau jusque Vigo, et un transport jusque Rivadavia où, dès son arrivée, il a expliqué la tragique affaire à la famille de son cousin.

Après quelques jours de deuil, il a pris un passage vers l’Amérique, chargé de ceps d’Uviña qu’il plantera 5 mois plus tard dans une vallée du Pérou, où les habitants l’ont appelé « uvina », avec laquelle, peu de temps après, se fera un des Piscos les plus particuliers et avec le plus de caractère au monde, le Pisco «Tierra Nueva», né à la Vallée de Lunahuana et géré aujourd’hui par la famille Vicente Castro.


De son coté, Félicie, qui n’avait pas pu lui dire qu’elle était enceinte de lui, est partie vers l’Aude où elle s’y est installé grâce à l’argent de David.


Quand son enfant est né, elle l’a appelé Eric, en honneur d’Enrique et de nom de famille elle a mis le G de Gadth, suivie de l’AUDE et le th final du nom de famille de David et d’Enrique : Eric GAUDETH, mais quand elle est allée le baptiser, le curé de la paroisse oublia le h final restant à toujours GAUDET.


Le mercredi 11 décembre 2019, Eric GAUDET, fondateur de la société SPIRIT et collaborateur de la Chambre de Commerce latino-Américaine présenta le Pisco Tierra Nueva à la Bonne Franquette de Montmartre.